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Bienvenue dans le monde des «ch'tarentaises» de luxe

 

Maurice BONTINCK m. bontinck@charentelibre. fr
« Que voulez-vous que je fasse avec ça? » Depuis deux ans, Barbara et Arnaud Loisel sont habitués à cette question quand ils entrent dans les magasins branchés de l'Hexagone. Mais ce couple de Lillois le cherche un peu. « Venir dans ces lieux tendance au cour des grandes villes de France avec nos charentaises sous le bras, ça déconcerte souvent » , reconnaît Arnaud Loisel, ancien commercial chez Armor-Lux. « On voulait créer un site de vente de vieux accessoires totalement revisités, explique Barbara Loisel. On avait commencé à acheter des bretelles, des parapluies, des
sous-vêtements. » Ces accessoires sont toujours dans la cave de leur maison. Deux ans et cent points de vente plus tard, « La pantoufle à pépère » a, elle, trouvé sa voie entre le luxe à la française et le second degré. Des chaussons en jean, des couleurs fluo, des campagnes de pub où des jeunes gens beaux et branchés font du surf ou du skate, le tout avec la qualité
du cousu-retourné fabriqué « depuis belle lurette » par Rondinaud à Rivières : « l'accessoire fun, ultra-qualitatif, authentique et décalé » s'est découvert une nouvelle clientèle, « urbaine et citoyenne », du côté des grands magasins parisiens comme le BHV, Les Galeries Lafayette ou des « concept-store » tendance à Biarritz, dans les stations alpines... et jusqu'au Japon Et la vente de cet improbable produit « ch'tarentais » a vite décollé, en même temps qu'une clientèle un peu BCBG, prête à mettre 49 euros, a redécouvert le chausson de ses grands-parents. « Nous sommes passés de 500 ventes en 2014 à 10 000 cette année » , raconte Arnaud Loisel, qui a quitté son ancien boulot cette année. Nos meilleures ventes se font à Paris, dans le quartier bobo du Marais par exemple. Mais quand on met les pantoufles chez un chausseur traditionnel, on n'en vend pas une! » Les enfants et même les « pépettes » ont droit à leurs propres modèles. À leurs côtés, Frédéric Rondinaud a le sourire, lui qui assemble les tissus et apporte le cousu-retourné si spécifique mais indispensable à ce produit « de niche » haut de gamme. La Pantoufle à pépère porte les charentaises sur des marchés qui n'étaient peut-être plus explorés. Ils sont arrivés au bon moment pour faire des charentaises un produit de luxe à la française. » Qui se retrouve régulièrement dans les magazines reniflant la mode et les tendances du moment. Preuve de l'intérêt de la vieille famille charentaise pour les néophytes nordistes, le nom de Rondinaud apparaîtra sur l'étiquette de la charentaise lilloise pour la collection de la rentrée prochaine. Non loin de la cocarde tricolore et de la petite pipe, emblème d'un produit « pantouflard et fier de l'être ». « Les fiançailles sont en cours » , raconte le patron de la société charentaise inscrite au patrimoine vivant des entreprises françaises « pour leur savoir-faire artisanal et industriel d'excellence » . Au même titre qu'Armor-Lux, les palaces du Plaza Athénée, du Negresco ou encore des fleurons de la porcelaine de Limoges.La semaine dernière, les deux parties se sont retrouvées à Rivières pour négocier une sorte de contrat d'exclusivité. « On ne s'engagera pas avec d'autres marques qui veulent faire le même type de produits » , assure Frédéric Rondinaud en découvrant les nouveaux tissus prêts à faire la tendance de l'hiver 2016-2017. Le jean comme le modèle « Pépère in Japan » seront toujours en tête des meilleures ventes. Reste tout de même une erreur à vite réparer : « La pantoufle à pépère » n'est pas dans les rayons charentais. « On n'ose pas et on ne veut pas faire de concurrence à notre partenaire! » Frédéric Rondinaud, avec ses 400000 cousus-retournés vendus chaque se marre. La blague lilloise ne fait que commencer.